Cabinda a tout pour être heureux. Une population homogène, une situation géographique enviable, et surtout des ressources naturelles à profusion. A Cabinda, le pétrole coule à flots, si bien qu'on a comparé ce territoire au Koweït. Mais voilà, le pétrole est aussi la source de (presque) tous les maux de Cabinda. Il provoque la convoitise des voisins de Cabinda (Congo, RDC) mais surtout de l'Angola, qui l'occupe en toute illégalité depuis 1975.
Le sort tragique de Cabinda est aussi méconnu que Cabinda lui-même. L'enclave est vitale pour l'Angola, car elle produit les deux tiers du pétrole angolais, celui-ci étant quasiment l'unique ressource du pays. Aussi, l'Angola occupe et pille Cabinda au mépris des règles de droit international. L'occupation angolaise est d'autant plus intolérable que cette dernière a connu le traitement indigne infligé aux pays colonisés, et qu'elle s'est longtemps battue pour son indépendance.
Dans son article "L'évolution juridique et politique de la question cabindaise" paru dans la Revue juridique et politique, indépendance et coopération (avril 1996), Fouti Roland BEMBELLY montre que Cabinda a une histoire différente de l'Angola et que ses aspirations à l'indépendance sont parfaitement légitimes. En effet, Cabinda a toujours été considéré comme une entité à part par le colonisateur portugais. En 1963, l'OUA classe l'Angola d'une part, Cabinda d'autre part comme des pays à décoloniser. Lors des indépendances des anciennes colonies portugaises en 1975, Cabinda aurait donc naturellement, à l'instar des autres colonies portugaises, l'Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, devenir indépendant.
Le Front de Libération de l'Enclave de Cabinda (FLEC) se bat depuis sa création en 1963 pour l'indépendance du territoire. Mais de nombreux désaccords internes affectent son efficacité, le cantonant à une guerre de guérilla qui ne menace pas l'armée angolaise. Toutefois, le FLEC reste extrêmement populaire parmi la population cabindaise, qui est massivement en faveur de l'indépendance.
Les velléités indépendantistes des petits territoires laissent souvent l'observateur étranger dubitatif : après tout, à quoi sert l'indépendance, et en a-t-on les moyens ? En ce qui concerne Cabinda, la réponse à cette dernière question est facile : compte tenu de ses gigantesques ressources pétrolières et de sa faible population, Cabinda a largement de quoi vivre. Mais, finalement, à quoi bon l'indépendance ? Là encore, une réponse évidente : l'indépendance permettrait de se libérer de l'Angola qui, non contente d'occuper Cabinda en toute illégalité, pille ses ressources et laisse la population cabindaise dans la plus grande misère.
Les guerres
des deux Congo qui ont eu lieu en 1997 ont permis à l'Angola de
faire coup double contre les indépendantistes cabindais : d'une
part, les angolais, qui se sont servis de Cabinda comme d'une base arrière
pour soutenir militairement Laurent-Désiré Kabila puis Denis
Sassou-Nguesso, en ont profité pour réprimer davantage les
mouvements indépendantistes de l'enclave ; d'autre part, en permettant
à de nouveaux dirigeants de prendre le pouvoir grâce à
elle, l'Angola a rendu les deux Congo redevables envers elle ; dans ce
contexte, les mouvements du FLEC ne peuvent plus compter sur les soutiens
étrangers qu'ils trouvaient traditionnellement au Congo et au Zaïre.
Au total, la répression contre les populations s'est accrue et le
FLEC se trouve extrêmement isolé.
Tout récemment,
en août et en septembre 1998, l'armée angolaise a profité
de ses manœuvres de soutien au gouvernement de RDC dans le Bas-Congo pour
commettre de nouvelles exactions
contre la
population civile cabindaise.
En définitive,
l'instabilité chronique du Congo-Brazzaville et de la RDC a fortement
nuit à la cause indépendantiste cabindaise, en conférant
à l'Angola un rôle de puissance régionale. En effet,
le soutien de l'Angola aux deux Congo s'est traduit par un contrôle
des Forces Armées Angolaises des régions de Pointe-Noire
(Congo-Brazzaville) et de Matadi et Boma (RDC), zones frontalières
de Cabinda. Ces occupations de territoire laissent les mains libres à
Luanda pour agir dans l'enclave, en facilitant notamment les transports
de troupe terrestres entre Cabinda et l'Angola. Avec, la mainmise angolaise
sur la province du Bas-Congo, on peut même dire que, pour Luanda,
Cabinda ne mérite même plus l'appellation d'"enclave".
A l'image du
Timor oriental, autre ex colonie portugaise, ou du Sahara occidental, Cabinda
s'est fait "manger" par un plus gros. La différence avec ces deux
territoires est que Cabinda ne bénéficie d'aucune médiatisation
et que sa situation est totalement ignorée par la communauté
internationale. Nous voudrions, à notre modeste niveau, contribuer
à faire connaître ce petit pays qui doit un jour devenir un
Etat.